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L’aulne glutineux : du pollen précoce au bord de l’eau
Biodiversité/ 22 oct. 2026

L’aulne glutineux : du pollen précoce au bord de l’eau

À la découverte des plantes mellifères · Fiche 02

Un ruisseau traverse toute ma parcelle à Gonfreville, et ses berges sont bordées d’aulnes. Ces arbres font donc partie de mon environnement quotidien. Avec leurs longs chatons et leurs petits cônes sombres, ils méritent qu’on s’y arrête : l’aulne glutineux offre aux abeilles du pollen dès la fin de l’hiver, lorsque les fleurs sont encore peu nombreuses.

Après le noisetier commun, poursuivons notre découverte du côté des berges et des boisements humides. Une autre facette des ressources alimentaires du Cotentin nous y attend.

L’aulne en quelques repères
  • Nom scientifique : Alnus glutinosa.
  • Famille : Bétulacées, comme le noisetier et le bouleau.
  • Milieux : berges, bords de ruisseaux et boisements humides.
  • Floraison : généralement de février à avril, avec des variations selon les années.
  • Intérêt pour les abeilles : une ressource pollinique précoce.

Comment reconnaître l’aulne glutineux ?

Le repère le plus amusant se trouve souvent au bout des branches : de petits cônes brun foncé qui restent visibles en hiver. Ils ressemblent à des pommes de pin miniatures, mais l’aulne est bien un arbre feuillu ! Ces structures ligneuses, appelées strobiles, proviennent des inflorescences femelles et renferment les petits fruits.

À leurs côtés apparaissent les chatons mâles, longs et pendants. Ce sont eux qui libèrent le pollen. Les inflorescences femelles sont plus courtes. Les deux types de fleurs se trouvent sur le même arbre, comme chez le noisetier.

À la belle saison, regardez aussi les feuilles : elles sont arrondies, dentées, avec un sommet souvent échancré. Les bourgeons et les jeunes feuilles ont un toucher collant qui explique le nom « glutineux ». Pour l’identifier, associez plusieurs de ces caractères plutôt que de vous fier à un seul rameau.

Rameau d’aulne glutineux Alnus glutinosa avec feuilles dentées et petits cônes ligneux de l’année précédente
Feuilles et anciens petits cônes ligneux de l’aulne glutineux : des repères pour l’identification. Photographie prise en Allemagne. Photo : Willow, CC BY-SA 3.0. Affichage redimensionné.

Un arbre à chercher près de l’eau

L’aulne glutineux aime les sols humides. Les berges, les vallons frais et les boisements où l’eau reste présente lui conviennent particulièrement. Les bois qui longent les cours d’eau portent un nom : les ripisylves. L’aulne peut en être l’une des essences.

Sur ma parcelle, les aulnes accompagnent le ruisseau qui la traverse de part en part. Après les noisetiers des haies bocagères, ces arbres des berges illustrent une autre ressource présente dans l’environnement de mes abeilles.

La présence de l’aulne glutineux dans notre secteur est aussi documentée. Le dossier Natura 2000 du Havre de Saint-Germain-sur-Ay et des Landes de Lessay décrit notamment un boisement humide à aulne glutineux et frêne dans la réserve naturelle de la tourbière de Mathon.

Cet exemple local rappelle que les ressources des colonies ne se limitent pas aux haies bocagères et aux cultures. Les boisements humides font eux aussi partie du paysage nourricier. Leur contribution dépend des arbres accessibles autour de chaque rucher et des floraisons du moment.

Du pollen au démarrage de la saison

La liste nationale des plantes attractives pour les abeilles retient l’aulne glutineux pour son intérêt pollinifère. Lorsque les chatons mâles sont ouverts, leur pollen est accessible aux butineuses.

Cette floraison intervient généralement entre février et avril. C’est une fenêtre indicative : dans la Manche, la météo de l’année peut avancer ou retarder l’ouverture des chatons. Les floraisons du noisetier et de l’aulne peuvent se chevaucher ; elles ne se succèdent pas toujours dans un ordre bien net.

Pour les abeilles, l’occasion de récolter compte autant que la présence du pollen. Un temps froid, pluvieux ou venteux peut freiner les sorties. Une journée favorable pendant la floraison permet au contraire aux butineuses de profiter des ressources disponibles.

À quoi sert ce pollen dans la ruche ?

Le pollen constitue la principale source de protéines de la colonie. Il apporte des acides aminés nécessaires au fonctionnement des abeilles et à la croissance des larves. Le miel et le nectar fournissent surtout de l’énergie : les deux ressources se complètent.

Les jeunes ouvrières nourrices consomment du pollen. Cette alimentation soutient leurs glandes nourricières, qui produisent les sécrétions servant à nourrir les larves. Les apports récoltés dans le paysage participent donc à l’élevage des futures générations d’abeilles.

L’aulne contribue à cet approvisionnement précoce là où il est présent et exploité. Son rôle s’inscrit dans un ensemble : noisetiers, aulnes, saules et autres floraisons permettent aux colonies de trouver des ressources au fil du début de saison.

Et le nectar ?

L’intérêt floral retenu ici est le pollen : la liste nationale ne recense pas d’intérêt nectarifère pour l’aulne glutineux. Ce n’est donc pas une floraison sur laquelle compter pour une récolte de miel.

Pour autant, son intérêt apicole mérite d’être connu. La valeur d’une plante pour une colonie se mesure aussi à sa contribution à l’alimentation des abeilles, bien avant les grandes miellées.

Le saviez-vous ?

Les racines de l’aulne hébergent des bactéries du genre Frankia dans des nodosités. Cette association lui permet d’utiliser l’azote de l’air. Une coopération discrète qui aide cet arbre à vivre sur des sols pauvres.

Un intérêt qui dépasse les abeilles

L’aulne est principalement pollinisé par le vent. Une abeille peut donc venir récolter son pollen sans que la reproduction de l’arbre dépende de sa visite.

Ses graines nourrissent aussi des oiseaux, notamment le tarin des aulnes, qui les extrait des petits cônes. Ses racines contribuent au maintien des berges. L’arbre participe ainsi à la vie des milieux humides de plusieurs façons : nourriture, structure des boisements et protection des rives.

Comment lui garder une place adaptée ?

Préserver les aulnes déjà présents sur des berges ou dans un boisement humide permet de conserver leur rôle dans ce milieu. Pour une plantation, choisissez une situation réellement adaptée à un arbre qui a besoin d’eau et prévoyez la place nécessaire à son développement.

En milieu naturel, gardons aussi la diversité des habitats : une prairie humide ouverte n’a pas vocation à devenir une plantation d’arbres pour les abeilles. Le bon geste dépend du terrain. Pour un projet de haie ou de restauration de berge, les conseils du Parc ou d’une structure locale aideront à choisir les essences appropriées.

Trois questions sur l’aulne

Ses petits cônes en font-ils un conifère ?

Non. L’aulne est un feuillu de la famille des Bétulacées. Ses strobiles rappellent de petites pommes de pin par leur forme, mais ils n’en sont pas.

Les abeilles récoltent-elles du nectar sur l’aulne glutineux ?

Son intérêt floral documenté dans la liste nationale est le pollen. C’est pour cette ressource précoce que nous lui consacrons une fiche.

Fleurit-il toujours après le noisetier ?

Les périodes peuvent se recouvrir. Les dates dépendent notamment de la météo et des arbres observés : mieux vaut regarder les chatons que se fier à un ordre fixe.

Un autre regard sur les arbres des berges

Lors d’une promenade, cherchez les petits cônes et les chatons de l’aulne. Derrière cette silhouette discrète se trouve un arbre qui nourrit des oiseaux, accompagne les cours d’eau et peut fournir du pollen aux abeilles dès le début de saison.

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